Information et communication: trier le bon grain de l’ivraie

Article publié dans Le Temps par Yannick Poivey, fondateur de One intelligence.

Décembre 2011 - Article PDF

Peut-on se contenter d’Internet pour rassembler les informations nécessaires, avant de prendre une décision stratégique ? Ainsi un recruteur va « googler » un candidat afin de vérifier son parcours et sa réputation. Une banque privée en fera de même avec un futur client. La pêche est généralement abondante, les occurrences se multipliant au fur et à mesure de la croissance du world-wide web. Mais que trouve-t-on dans les filets ? Le professionnel de la recherche d’informations se heurte à une difficulté croissante : distinguer l’information porteuse de sens, dans l’univers bruyant et confus de la communication.

Prenons un exemple : un recruteur de banque a devant lui le candidat idéal. Le CV met habilement en scène la diversité des réalisations passées : création ex-nihilo d’une équipe de gestion alternative à Genève, responsabilité d’une filiale à Francfort… Notre recruteur de banque ne peut qu’être rassuré par les recherches complémentaires qu’il fait effectuer sur Internet. Plusieurs sources viennent confirmer le contenu du CV. Mais à y regarder de plus près, l’individu curieux va rapidement faire un constat : la recherche rassurante effectuée sur Internet ne l’est finalement pas tant que ça. En effet, les occurrences relevées sont comparables aux échos multiples d’une même source sonore. Ce « bruit », cette démultiplication sonore est le résultat des stratégies de communication successives mises en œuvre par les agents économiques concernés. Ainsi, les communiqués de presse passés avaient pour objectif naturel de valoriser l’action de l’employeur du candidat. Un résumé complaisant du parcours et des attributions de l’employé ne pouvait que servir la cause de son employeur. Enfin, que dire des réseaux sociaux professionnels : ils agissent comme une formidable caisse de résonance, multipliant à l’infini l’écho d’un CV produit par un candidat qui par définition assure sa promotion. Personne ne lui en voudra.

Alors, que faire pour percer le voile de la communication, afin de s’assurer que cette étoffe finement tissée ne recouvre pas quelques faits têtus et disgracieux ? Quitter l’Internet, royaume de la communication grimée en information, permet de reprendre contact avec certaines réalités. Si l’on reprend l’exemple de notre candidat, un simple téléphone aide à dérouler un background check finalement très instructif. Une discussion avec deux anciens collègues permet ainsi de comprendre que le retour à Genève, en provenance de la filiale de Francfort, était tout sauf une promotion : le candidat n’était pas transféré en vue de percevoir les dividendes de son récent succès en Allemagne. Au contraire, son échec relatif à l’étranger l’avait conduit à un poste placardisé, rapidement quitté. 

Notre candidat avait ensuite monté cette fameuse équipe de gestion alternative, avec succès selon son CV. Un communiqué de presse avait vanté son recrutement à la fin de 2007, et son CV mentionnait un départ au début de 2009. Quelques entretiens permettent de montrer que la durée effective du poste avait été d’une dizaine de mois seulement, la séparation s’effectuant pour « divergence de vues stratégiques ». 

Sous le voile de la communication, l’information n’a donc plus tout  à fait le même visage. Le recruteur décide finalement de s’abstenir, appliquant une procédure de gestion des risques tout à fait raisonnable.

Encore plus habilement que les individus, les sociétés fabriquent de la communication. Prenons un autre exemple : un groupe industriel s’apprête à passer un contrat avec une société de services active dans le rapprochement d’entreprises entre l’Europe et le Moyen-Orient. Sur son site Internet, la société de services met en avant une forte présence à l’international : siège à Dubaï, succursale à Beyrouth, représentations en Allemagne et aux Etats-Unis. 

Le groupe industriel, avant la signature du contrat, décide de vérifier le profil de la société de services. Il commence donc par effectuer des recherches sur Internet, lesquelles ne font que confirmer les mêmes informations a priori rassurantes: sur de multiples annuaires d’affaires et dans des communiqués de presse, la description de l’implantation internationale de la société est reprise en boucle. L’impression de vraisemblance en sort renforcée.

Néanmoins, un due diligence de réputation même relativement sommaire permet de percer rapidement le voile de la communication : en fait de bureau de représentation, les coordonnées en Allemagne ne correspondent qu’à une vague société partenaire sans lien capitalistique. De même, la branche américaine est hébergée au domicile d’un simple individu, époux d’un membre de la famille du fondateur de la société de services. Il est donc vite apparu que ce dernier est l’animateur d’un « one man show », et nom d’une société intégrée à l’échelon international. Après les effets de manche de la communication, les faits têtus ont donc fini par se faire entendre.  

Inversement, le professionnel de la recherche d’informations pourra a priori se réjouir d’identifier sur Internet des occurrences négatives en relation avec le sujet de sa recherche. Mais là encore, que se cache-t-il derrière ces données mises en pâture sur de multiples supports ? A nouveau, il faudra soulever le voile. Et ne jamais oublier que des informations négatives peuvent avoir été mises en ligne par des tiers mal intentionnés. Mais ça, c’est une autre histoire… 

 

Yannick Poivey

One Intelligence, société spécialisée dans la recherche de renseignements d’affaires.

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